Le lavoir de Caillat
AQUA VAYRANA : les chemins de l'eau
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Le lavoir du hameau "A Caillat"
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Le lavoir de Caillat a l’avantage de côtoyer un puits ainsi qu’un bachat alimentés à partir de la même source. Cela permettait d’une part de puiser l’eau du puits pour la cuisine et la boisson, et d’autre part d’abreuver les bêtes de passage dans la rue à partir du bachat dont le trop plein d’eau s’écoulait dans le bassin du lavoir.
Ce lavoir est marqué dans le ciment d’une date 194? qui semble indiquer une reconstruction dans la mesure où le hameau existait déjà dans sa totalité sur la carte de l’état-major (1820-1866).
Il subsiste par endroit sur le sol un carrelage en tomettes de terre cuite qui participait au « confort » des lavandières pour la propreté du lieu. Mais on remarque aussi que le niveau du sol se situe à peine 25 cm sous celui du banc de lavage, ce qui obligeait es dames à s’agenouiller dans une « boîte à genoux » ou « cabasson » pour battre et rincer leur linge !
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HISTORIQUE DES LAVOIRS
Le tout premier lavoir fut installé à Paris sur la Seine sur un bateau par un certain Jean de la Grange sous le règne de Louis XIII. Nous sommes en 1623. Mais le réel développement des lavoirs en France viendra bien plus tard après les différentes épidémies de la variole, de la typhoïde, et enfin du choléra en 1849. À partir de là, de nouveaux besoins d’hygiène vont naître en France. Les lavoirs vont se répandre très rapidement en milieu rural grâce à des subventions que l’État va accorder par la loi du 3 février 1851 suivant un cahier des charges strict imposant une toiture pour le confort des lavandières. Napoléon III est encore président de la Seconde République et prépare son coup d’état de décembre pour instituer le Second Empire.
Résultat des connaissances accrues de la médecine, les lavoirs vont d’ailleurs être accompagnés par bien d’autres changements puisqu’à cette époque toutes les communes de France ont totalement modifié leur urbanisme au nom de la salubrité publique en élargissant notamment les routes, et en déplaçant leur cimetière du bord de l’église vers la périphérie des bourgs.
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LA GRANDE LESSIVE
Les lavandières, durant des heures, devaient rester à genoux devant le lavoir. Elles utilisaient pour cela un « carrosse » (ou « cabasson » dans la Loire), c’est-à-dire une caisse en bois dont le fond était rempli de foin, de morceaux de chiffons, ou d’un coussin.
La lessive se faisait donc en plusieurs opérations dont la première étape était le trempage à l’eau des draps de lin ou des habits résistants. Ensuite, la lavandière transportait pendant plusieurs kilomètres le linge pré-trempé vers le lavoir équipé d’une chaudière à bois.
La deuxième opération de « coulage » voyait le linge chargé dans le « cuvier », sorte de grande bassine en bois percée au fond par un trou. Une fois remplie, les lavandières disposaient au-dessus du cuvier une grosse toile appelée « cendrier » recouverte de cendres froides. Elles déversaient dessus de l’eau bouillante sur les cendres d’ajonc ou de bois tendre qui libéraient alors leurs alcalis, soudes et potasses, solubles dans l’eau chaude ; celle-ci descendait et percolait lentement jusqu’au bas du cuvier, et la lessive s’évacuait par le trou du fond. Cette opération était répétée plusieurs fois, avec la même eau re-bouillie, selon le degré de salissures du linge.
Venait enfin la phase du battage et rinçage du linge dans l’eau du lavoir. À l’aide d’une brosse, l’ouvrière frottait les tissus sur sa planche à laver et les frappait avec son battoir. Le linge était essoré en le tordant ou en le comprimant, puis amené sur son lieu de séchage.
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VÉRITABLES LIEUX DE SOCIABILITÉ
Sa fonction sociale s’est vite imposée. Le lavoir constituait en effet un rare lieu où les femmes pouvaient se réunir et discuter. Elles faisaient ou défaisaient les réputations, arrangeaient des mariages, racontaient leurs drames et laissaient ainsi libre cours au rire et au franc-parler. Interdits aux hommes, ces derniers s’inquiétaient beaucoup des commérages et des confidences qui pouvaient s’y échanger ! Si les femmes discutaient et chantaient essentiellement, il leur arrivait aussi de se disputer d’où l’expression « laver son linge sale en famille !
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L’ABANDON DES LAVOIRS
Inventée en 1856, la lessiveuse métallique a remplacé peu à peu le baquet de bois. Le prix du savon devenant abordable, les lessives sont devenues plus fréquentes. Ainsi L’utilisation des lavoirs a été progressivement abandonnée au XXème siècle, surtout dans les années 1950 qui ont vu l’eau courante accéder directement aux maisons de nos hameaux pilatois.
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Remercions la mairie de Roisey pour la mise en valeur de ce patrimoine local et souhaitons nous une Bonne promenade !